« UN INDIEN HOSTILE ET CONFORME À CE QUE L’ON REDOUTE » par Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim’

10000 milles parcourus depuis son départ ! Seul en mer depuis 18 jours, Thomas Coville raconte ce que cela représente de naviguer dans l’Indien sur un bateau de la taille de Sodebo Ultim’. 

Alors qu’il va passer au nord des Iles Kerguelen, le skipper de Sodebo Ultim’ revient sur les dernières 48 heures qui ont été très intenses. Après une collision avec une baleine, il a fallu, à califourchon sur le flotteur, réparer la barre de transmission du safran tribord et continuer à progresser vers l’est dans les rafales de vent glacé et une mer déchaînée.

Il reconnaît qu’il n’aime pas cet endroit. Comme bien des marins, il redoute l’Indien même s’il apprécie de « naviguer entouré de centaines d’oiseaux y compris des albatros dont un est d’ailleurs venu se poser cette nuit sur le bateau. »

Du bateau, il en dit le plus grand bien même s’il avoue que «  si c’est un atout d’avoir un bateau plus large pour aller plus vite, la gestion de sa puissance est un échiquier permanent entre la prise de risques et ta faculté de réagir à tous les évènements. »

Au sujet des manœuvres à bord, il reconnaît que « pour un seul homme, c’est à chaque fois un travail titanesque et vu la taille des voiles, tu n’as pas intérêt à te tromper dans le choix de ta voile »

LA VIE EN SOLO DANS L’INDIEN SUR UN MULTICOQUE DE 31 MÈTRES DE LONG ET 21 METRES DE LARGE

 « Un funambule au milieu de rien »
« Hier j’ai dû réparer la barre de transmission du safran sur le flotteur suite à un choc avec une baleine. Ça a tapé très fort et le safran s’est désolidarisé du flotteur. J’ai dû me mettre à cheval sur le flotteur. J’allais prendre une photo pour l’envoyer à mon équipe technique, quand j’ai senti mes jambes glisser, la sensation que j’allais y passer. Du coup j’ai perdu l’appareil photo. Pas mal d’adrénaline ! Je suis attaché en deux points avec un baudrier de montagne et aussi aux épaules pour pouvoir me déplacer comme sur une via ferrata. Mais si tu te fais embarquer, tu peux vite glisser, tu n’as pas le droit à la moindre erreur. Tu es un funambule au milieu de rien. Il faut être très concentré. Tu sais que si tu n’arrives pas à réparer le safran, c’est l’abandon. Mais j’ai tout de suite trouvé la bonne solution pour le refixer. Je suis rentré dans le cockpit, les jambes en coton mais avec la sensation d’une petite victoire .»

L’Indien
« Ici tu es juste toléré. C’est hostile. Hier il y avait vraiment de la mer et des creux annoncés jusqu’à 10 mètres. Je n’en ai pas vu mais c’était gros. Ce matin avant de renvoyer le 3ème ris, j’ai dû aller en bout de bôme et je me suis trouvé dans un ruisseau de glaces qui c’était accumulé dans cette grande gouttière. J’étais à quatre pattes pour avancer. Il commence à faire très froid. Ça piquait fort sous le grain de grêle !

Aujourd’hui, il fait assez beau, de plus en plus froid et le vent est toujours relativement soutenu – environ 30 nœuds – mais la mer s’atténue et ça te change la vie.

Ici c’est l’été. Il fait 4 degrés et il fait jour pendant 20 heures environ. Il n’y a que 4 heures pendant lesquelles tu avances dans le noir sans lune et sans voir les rafales de vent et la taille des vagues ! »

Dans l’Indien, il y a beaucoup d’oiseaux. J’aime cette ambiance d’être accompagné par la nature. En l’Atlantique, il y a peu d’oiseaux, quelques poissons volants mais je n’en ai pas vu beaucoup. Depuis des années, j’essaie de photographier un albatros. Sans succès »

 Se protéger du froid glacé
« Je porte : une cagoule, une sous-couche qui me sert de première peau, un babygros qui tient bien chaud, un pantalon et un haut de ciré et j’alterne avec deux paires de bottes et de chaussettes pour être toujours au sec.
Pour dormir, je reste habillé, sauf le haut de ciré mais je garde tout car il faut être prêt à intervenir dans la seconde. »

 Fast but not furious
« Tu as envie d’aller plus vite, mais ce n’est pas toujours prudent. Quand tu essaies, tu te rends compte que c’est n’importe quoi. Il fallait passer ce noyau de grosses vagues de 8-9 mètres, sans rien casser. J’avais la frustration d’être en dessous des routages et de ce qui était prévu, ce qui me met la pression.

Il faut être encore plus réactif que sur mon ancien bateau. Tu n’as pas le droit à la moindre erreur quand tu arrives en bas d’une vague à 40 nœuds, c’est juste colossal. Tu dois gérer tous les paramètres. Plus le bateau est grand et large, plus tu accèdes à des vitesses importantes et plus la marge d’erreur est faible. »

Les voiles
« Rouler, dérouler, vérifier, ce sont des cycles et un travail éreintant surtout dans le froid (il fait 4 degrés mais la température ressentie est inférieure à cause du vent et de la vitesse). »

Se nourrir
« Actuellement je m’offre des doubles portions, deux sachets des lyophilisés qu’on a préparé avec Sodebo. Mais parfois les conditions sont tellement violentes que ce n’est pas facile de se préparer à manger »

 L’abandon de Vincent Riou, skipper de PRB, dans le VENDÉE GLOBE
« J’ai eu le bourdon hier quand j’ai appris l’abandon de Vincent Riou. Ça m’a affecté. Il a la maturité des leaders et de ceux qui ont déjà gagné la course. Il y met tellement d’énergie. C’est injuste. Ça détruit trop de choses. Vincent connaît tellement bien son bateau qu’il aurait pu l’exploiter complétement dans le sud et montrer ce qu’il sait très bien faire."