Nouveau chrono au Cap Leeuwin : ITW de Thomas Coville

Là-bas, par 54 degrés Sud et sur la longitude du Cap Leeuwin, on ne voit rien : il fait très froid et il y a du brouillard.

« Je ne vois pas grand-chose, pour ne pas dire rien. C’est ambiance hiver dans un brouillard permanent. Depuis cinq jours, j’ai vu une éclaircie, sinon il fait très gris, il pleut tout le temps. Il fait environ entre 1-0° degrés, soit -5° en ressenti. Je ne peux plus manœuvrer sur le pont sans gants. Ils sont souvent mouillés, alors j’alterne entre deux paires. Il faut tout protéger notamment les doigts et le nez pour ne pas qu’ils gèlent.

Dans ce froid, chaque manœuvre est difficile et très engageante. Dès que tu fais le moindre mouvement, tu es en sueur. Je suis rincé après chaque manœuvres avec le besoin de manger et de boire. Malgré ces conditions extrêmes, je suis content car ça ne se passe pas trop mal et on a une belle avance. C’est le tronçon où Francis avait été fort. C’est une bonne chose d’aller plus vite. Ça veut dire qu’on a bien travaillé avec Jean-Luc (ndlr Nélias – le routeur de Sodebo Ultim’). Ça signifie aussi qu’on est presque à la moitié et qu’on est bientôt sur le retour. »

Une voile qui a failli passer à l’eau
« 
On était de nuit, le bateau allait très vite -  filait à 25-30 nœuds -  et j’allais changer une voile de 140kg, soit deux fois mon poids. J’étais en train de l’affaler quand une des écoutes en descendant est tombée dans l’eau. Avec la vitesse du bateau, la voile était attirée et commençait à aller dans l’eau. J’ai réagi très vite et à temps pour la retenir. Je me suis même brulé les mains pour éviter qu’elle tombe à l’eau. J’ai réussi à ressortir la voile et l’écoute. Ça m’a pris 1h45 d’effort. J’étais rincé. Ça s’est bien fini, je suis rentré tout transpirant et à la fois gelé. »

 

L’Indien, c’est fait pour les oiseaux pas pour les hommes

Sur ce tour du monde, la zone la plus dure, c’était il y a quelques jours quand j’étais dans des creux de 7-8m : j’avais l’impression que le bateau était petit et moi tout petit.  L’indien c’est le pire endroit de la planète. A chaque fois je me dis que ce n’est pas fait pour les hommes, c’est fait pour les oiseaux. »

« Quand j’ai couru le Vendée Globe (NDLR en 2000), à ce niveau j’avais eu des soucis, avec une luxation du pouce. Après la course, je suis allé le voir en vrai à l’occasion d’un voyage. Il m’avait fait souffrir et je voulais le voir. Pareil pour la Tasmanie, j’y suis allé. Ce sont des endroits qui m’ont fait le plus fantasmer.

L’indien, tu ne vois rien, c’est le désert
« Je ne cherche pas à me faire mal, j’aime à aller au bout des sensations mais les conditions physiques sont difficiles. Pour faire le tour de la planète par ces trois caps, il faut passer par-là. Comme tu ne vois rien, c’est très troublant, on a l’impression d’un grand vide. L’Indien, c’est le désert, c’est comme si tu demandes à un touareg de te décrire une dune ou un caillou.

Là, c’est engagé car on doit fournir un pari météorologique. C’est très engagé mentalement. Je prends un énorme plaisir, dans la comp2tition, dans la glisse, dans la sensation de faire quelque chose hors du commun. Ça prend les tripes. »

 

Patricia Brochard, co-présidente de Sodebo qui est le partenaire de Thomas Coville depuis 1999, rappelle ici la fierté de l’entreprise de partager cette aventure humaine.

« Thomas réalise une course incroyable et cela lui demande un engagement au delà de ce qui est humainement envisageable. C'est le résultat d'un bateau très bien préparé, et d'une préparation mentale et physique de sportif de haut niveau. Mais surtout il faut un rêve qui vous habite. C'est ce qui porte Thomas et il nous en démontre le pouvoir. Sodebo est aussi le fruit du grand rêve de ses fondateurs et il se poursuit aujourd'hui avec l'ensemble de ses salariés Et l'entreprise est fière et heureuse de partager cette aventure humaine avec Thomas et tous ceux qui l'accompagne. »