TOUT EST DANS LA TÊTE

Les garçons sont en mer depuis trois jours et trois nuits. Depuis le départ, ils ont théoriquement dormi 24 heures par tranche de deux heures. La réalité est plus proche de 12 heures. Comment résistent-ils ? Tout simplement parce qu’ils aiment être en mer.

 

TOUT EST DANS LA TÊTE

Ces marins sont vraiment épatants. Leur pouvoir de résilience atteint parfois des sommets.

Un exemple ce matin lorsque Jean–Luc Nélias raconte au titre de l’anecdote du jour, « qu’il y a une fuite à bord qui coule dans la bannette installée à tribord sous le winch de grand voile. Comme c’est de l’eau de mer, le duvet restera trempé jusqu’à l’arrivée. Aucune chance de le faire sécher ». Quand à réparer la fuite ? « Oui, on tentera peut être quelque chose quand il y aura moins de vent ». Autrement dit, empêcher les gouttes d’eau salée de ruiner leur sommeil n’est pas la priorité.

Quand un terrien a un caillou dans sa chaussure, c’est un dossier.
Pour ces athlètes qui voltigent sur les mers du monde à bord de leurs engins à trois coques, dormir pendant une huitaine de jours par cycles de deux heures à l’intérieur du tambour d’une machine à laver dans le bruit permanent du carbone qui résonne, ça fait partie de leur quotidien et de la carte postale de la course au large.

Sans insister sur les « bannettes » installées carrément sous la table à carte ou dans ce qu’on appelle la cave du bateau à côté du bloc moteur ou .. sous un winch qui fuit, le temps de sommeil est une donnée qualifiable de variable.

Loïc Le Mignon, patron technique du bateau et grand habitué des tours du monde en équipage sur trois coques, explique que « le manque de sommeil est une vraie contrainte. Nous faisons des quarts de deux heures mais en réalité sur les deux heures de sommeil, tu ne dors vraiment que 90 minutes car tu dois prendre en compte le temps de te déshabiller et on te réveille 15 minutes avant la fin de ton quart de repos. »

 

LE PLAISIR D’ÊTRE EN MER

Les six hommes à bord de Sodebo Ultim’ partagent largement le plaisir qu’ils ont de vivre en mer et ensemble même si les conditions de vie à bord de ces engins sont spartiates. Les situations de navigation exigent une vigilance de chaque instant et la vie en mer est disons-le très inconfortable. Impossible par exemple pour un terrien de marcher ou de bouger sur les filets dès que le bateau file à plus de 20 nœuds et fait des bonds de cabri sur les vagues.  A bord de ces oiseaux des mers construits pour atteindre des vitesses stratosphériques, le stress est une donnée permanente.

Pas de doutes pour Vincent Riou. Il aime ça et il apprécie avant tout d’être sur l’eau. Il confie qu’il était fatigant pour sa famille quand il était petit. Il filait dès qu’il le pouvait. « On habitait Pont-L’Abbé, j’avais une barque et je traînais sur l’eau. Si je n’avais pas été navigateur professionnel j’aurais travaillé sur l’eau. »

Thierry Briend, que chacun à bord qualifie comme l’être le plus bienveillant et facile à vivre, apprécie le large et ce genre de courses de demi-fond qui dure huit à dix jours, même s’il reconnaît qu’il est avant tout un régatier et qu’il s’ennuierait s’il ne faisait que du large.

Avant de dévoiler sa philosophie et sa quête sur l’eau, Billy Besson, polynésien et régatier olympique, ne peut s’empêcher de s’extasier devant « la vitesse de ces trimarans et les runs à plus de 30 nœuds. » Avec beaucoup de spontanéité, le jeune tahitien révèle qu’il se verrait bien faire un vrai voyage en bateau. « C’est ce qui te permet de découvrir la vraie vie. Je suis pour la découverte du monde et non pas pour le cloisonnement dans lequel on a l’impression d’être en sécurité. »

Quant à Thomas Coville, skipper de SODEBO ULTIM’ et Jean-Luc Nélias, son acolyte à terre comme en mer, ils apprécient comme les autres la vie en mer. Jean-Luc avoue tout de même que « ce n’est pas toujours le cas ». Si le plus plaisant pour lui est bien « la contemplation de la machine qui navigue », Thomas complète sur « le plaisir de l’équilibre de barre entre l’eau et l’air sur un multicoque ». Le patron du bord qui ne partirait pas forcement faire un voyage en bateau « peur d’être prisonnier de mon bateau et esclave du littoral », conclut que finalement, il se rêverait bien funambule.