Le Pacifique : une grande descente en ski jusqu’au Horn

Rester en avant de la dépression
« Avant chaque grand océan que ce soit l’Indien ou le Pacifique, c’est une bagarre pour attraper un système. Ça signifie bien se positionner au bon endroit météo pour suivre le système le plus longtemps possible. Ce qui explique le fait de faire beaucoup de manœuvres. C’est un moment crucial où il faut tout donner, sans s’économiser même s’il fait -5° en température ressentie à bord de Sodebo Ultim'. C’est ce qu’on a réussir à faire sous la Nouvelle-Zélande. Je m’accroche pour rester dans ce système car derrière il y a une dépression qui s’est formée au niveau des Fidji et je ne veux pas me faire rattraper. Il ne faut pas qu’elle me passe dessus. C’est très intense mais je ne peux rien lâcher, l’enjeu est trop important. »

Le Pacifique, comme une immense descente dans la poudreuse
« J’aime bien comparer cette situation à ce qui se passe en alpinisme, la Nouvelle-Zélande c’est la montagne. Mon bateau c’est un refuge de 3-4 m² avec tout le matériel pour se protéger du froid. Il est monté sur trois grands skis qui sont les coques.  C’est un peu comme si on était monté crampons-piolet au niveau de la Nouvelle-Zélande, et ensuite whououu, c’est parti pour une grande descente à fond dans la poudreuse jusqu’au Cap Horn. C’est très physique. La tempête qui s’est formée au Fidji c’est l’avalanche, tu dois continuer d’avancer vite pour ne pas te faire rattraper. »

Pas de répit à bord de Sodébo Ultim’
« 
Je suis à 27 nœuds de moyenne en ce moment. Depuis le début, nous sommes toujours dans ces gammes de vitesse. Pour les tenir c’est un engagement à la fois physique et psychologique très intense. Depuis 27 jours, j’ai la pression de ces vitesses et ce bruit infernal. J’ai l’impression d’être sur le fil du rasoir, le principe du multicoque, c’est que tu évolues entre l’eau et l’air et tu es comme un funambule. C’est ce qui rend l’exercice périlleux mais aussi magique. Imagine que tu es en moto et que tu es tout le temps entre 185 et 245 km/h, et dans les lignes droites tu es à 310. Ces vitesses on va pas s’en plaindre, c’est ce qu’il faut pour faire un record. Mais il n’y a aucun moment de répit, aucun moment de silence. C’est comme si tu as de l’acouphène en permanence dans les oreilles.  Je ne me suis jamais réellement posé. C’est un engagement permanent. »

Le Horn avec impatience
« J’attends avec impatience le Horn avec l’espoir que je puisse relâcher un peu car je commence à être fatigué. Mais je ne peux pas lâcher car il y a une dépression derrière et elle ne doit pas me rattraper, sinon elle me broie. Ça ne rigole pas car devant il y a un boulevard. Je ne peux pas mollir pour toujours rester devant cette dépression.
C’est dans quatre jours et pourtant ça me paraît encore tellement loin. J’espère que ça ira mieux après mais chaque océan a sa particularité et il faudra continuer d’enchaîner en espérant que la montagne sera plus facile à gravir. Depuis le début, nous avons eu de bons enchainements avec une bonne météo et mer nature a été plutôt clémente avec moi. Il faut tenir sur la distance et s’imposer ce rythme de malade. »