Le sablier d'Ouessant

Jusqu’au dimanche 6 novembre 2016 à 13h49 et 52 secondes, c’était le phare le plus puissant d’Europe. Depuis que le grand trimaran Sodebo Ultim est passé en trombe devant sa haute tour rayée comme un costume de bagnard, c’est devenu un sablier. Le plus grand sablier du monde.

Plus inexorable qu’un compte à rebours, plus implacable qu’un chronomètre, le phare du Créac’h, à la pointe de l’île d’Ouessant marque l’extrémité sud de la ligne de départ et d’arrivée des records du tour du monde à la voile. Et cette tour de granit de 55 mètres de haut a commencé à se vider de ses particules d’éternité, à peine Thomas Coville est-il passé en trombe par son travers. En ce beau dimanche d’automne, le sablier d’Ouessant contenait un stock de 4 973 640 secondes exactement, l’équivalent de 57 jours, 13 heures et 34 secondes, le temps du record actuel qui résiste depuis 2008.

Mais cette tour s’est mise à fuir comme le temps qui passe. Et le niveau des grains chronologiques enfermés dans ce coffre-fort a commencé à baisser, de bande blanche en ligne noire. Une tentative de record revient à puiser dans son épargne-temps en espérant ne pas dépenser tout son capital de secondes avant une date désormais fatidique, en l’occurrence, le 3 janvier 2017 à 3h23 du matin.

Au fond, attaquer le record autour du monde en solitaire à la voile est une aventure d’une difficulté extrême mais d’une simplicité terrible : il suffit de revenir doubler le sablier du Créac’h avant qu’il n’ait fini de perdre toute sa réserve de temps. Et après avoir fait le tour de la terre. De la mer, plus exactement.